Voiçi un texte de Martin Leclerc sur le sujet des mise en échec violente:
Citation:
Samedi soir, David Booth des Panthers de la Floride, s'est fait assommer au milieu de la patinoire par une retentissante mise en échec du capitaine des Flyers, Mike Richards. Rien que cette semaine, c'était la troisième commotion cérébrale à laquelle les amateurs assistaient en direct à la télé.
Avant Booth, il y avait eu le jeune et brillant capitaine des Blackhawks de Chicago, Jonathan Toews, qui s'est littéralement fait «geler» par le défenseur Willie Mitchell, des Canucks de Vancouver. La lésion qu'il a subie au cerveau le suivra toute sa vie. Et puis plus près de nous, il y a Marc-André Bergeron qui, mardi dernier, s'est fait souhaiter la bienvenue a Montréal par Colby Armstrong, des Thrashers d'Atlanta.
Le pauvre Bergeron se réjouissait le lendemain de ne pas avoir subi de commotion cérébrale quand Armstrong l'a solidement pincé alors qu'il contournait le filet de Jaroslav Halak. Il en avait pourtant encaissé une. Tous les spécialistes vous le diront. Lorsqu'on encaisse un coup à la tête et qu'on peine à se relever et à se maintenir en équilibre, on vient effectivement de subir une légère commotion.
Le niveau d'éducation étant ce qu'il est dans la LNH, Bergeron est resté sur la patinoire pour la séquence de jeu suivante...
Des coups d'une violence inouïe
Chaque année, depuis toujours, c'est la même chose. Des dizaines et des dizaines de joueurs encaissent à la tête des coups d'épaule ou des coups de coude d'une violence inouïe. Des charges qui mettent leur santé (et leur vie) en péril.
Quand de tels incidents surviennent, la machine médiatique s'excite un peu le poil des jambes. On déplore l'inaction des dirigeants de la LNH, on souligne les dangers auxquels sont exposés les joueurs, on parle des nombreux anciens qui sont aux prises avec l'Alzheimer ou la démence pugilistique à cause des coups répétés à la tête qu'ils ont endurés.
Puis il se trouve toujours des dirigeants d'équipes ou des joueurs pour minimiser la situation. «C'est le jeu, disent-ils. La mise en échec était légale, elle a été appliquée avec l'épaule. Le type qui s'est fait blesser n'avait qu'à lever la tête. Les joueurs se le font répéter depuis qu'ils sont tout petits.»
Deux jours plus tard, on passe à autre chose. Les dirigeants de la ligue ne font rien pour la simple et bonne raison qu'ils ne veulent et ne PEUVENT rien faire. Les états d'âme de quelques animateurs de tribunes téléphoniques un peu trop moumounes à leur goût, ou de quelques journalistes qui ne comprennent rien à cette culture de primates ne les feront jamais changer d'idée là-dessus.
Chaque organisation dépense des millions à chaque saison pour dénicher les joueurs les plus habiles, les plus combatifs. Les plus gros, les plus rapides. Ceux qui frappent le mieux, qui se battent le mieux, qui offrent le rendement maximal à tous les soirs. On leur demande de se jeter devant des rondelles qui filent à 160 km/h et de jouer blessés pour le bien de leur organisation.
Empêcheurs de tourner en rond
La plupart des directeurs généraux prennent sans doute pour des attardés les bonnes gens qui croient qu'en une fraction de seconde dans le feu de l'action, on puisse demander à un joueur de songer à épargner le rival qu'il s'apprête à heurter comme un train.
Aussi, la plupart des D.G. considèrent sans doute comme des empêcheurs de tourner en rond tous ces neurologues qui imposent des tests aux joueurs qui subissent des commotions et qui leur interdisent de retourner au jeu avant d'être guéris (ce qui est parfois très long). Au lieu de signaler leurs athlètes qui sont commotionnés, ils les déclarent blessés au «haut du corps» pour échapper à ces spécialistes qui ne comprennent rien à la «game».
Aux yeux de leurs patrons, les hockeyeurs de la LNH ne sont rien de plus que des gladiateurs. Des gladiateurs bien payés, mais des gladiateurs quand même. Comme ceux qui se faisaient dévorer par les lions au Colisée de Rome, on remplace tout simplement par d'autres ceux qui laissent leur santé sur la patinoire.
Et à part ceux qui prennent le chemin de l'hôpital sur une civière (comme David Booth) les joueurs eux-mêmes semblent très bien s'accomoder de ce système.
Le silence des joueurs
Quand a-t-on entendu dire que la sécurité des athlètes allait devenir un enjeu de négociation avec les propriétaires ? Les dirigeants de l'Association des joueurs passent leur temps à se poignarder dans le dos pour garder le pouvoir. Mais quand les a-t-on entendu mentionner que les coups à la tête qu'encaissent leurs cotisants les préoccupent ?
Tout ca soulève une question. Si la plupart des dirigeants et des joueurs de la LNH trouvent normal et acceptable qu'on puisse ainsi se faire passer le K.-O. à n'importe quel moment au cours d'un match, pourquoi continuons-nous de nous en indigner ?
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